Le temps des sucres #1 : récolte de l’eau d’érable

Le temps des sucres commence au Québec : c’est la période de l’année où les érablières sont exploitées. Et bien sûr, qui dit érablière dit sirop d’érable. Ce week-end, avec trois Français et grâce à un Québécois, j’ai eu la chance de découvrir le processus de fabrication artisanal du sirop, depuis l’arbre jusqu’à la crêpe (ou presque).

Point vocabulaire

Je m’approprie et utilise peu à peu le vocabulaire local, ça me fascine. Prenez des notes pour la suite, sait-on jamais.

  • Une chaudière : un seau.
  • Un ski-doo : une motoneige. C’est comme le Sopalin, on emploie le nom d’une marque. À l’origine, le ski-doo est un modèle de motoneige de la marque Bombardier.
  • Une tank : un réservoir, dans cet article ce sont des gros bidons. Un bel exemple d’anglicisme.

Voilà, pas pire, y’a que trois mots en fait.

L’acériculture

Contrairement à ce que certains pensent, il faut savoir que le sirop d’érable ne coule pas tel quel des arbres et que ce n’est pas non plus de la sève d’érable. Le sirop se fabrique à partir de l’eau de l’érable à sucre que l’on récolte à la fin de l’hiver et au début du printemps, et que l’on fait bouillir ensuite.

Cette activité porte le nom d’acériculture (des aceraceae, la famille des érables) et était déjà pratiquée par les Amérindiens. Elle ne peut avoir lieu que si des conditions météorologiques propices sont réunies : il faut qu’il gèle la nuit et que les températures soient douces le lendemain. C’était le cas de ce samedi ! L’eau d’érable est claire comme de l’eau de source mais très très légèrement sucrée. Il s’agit de l’eau qui est absorbée par les racines, tandis que le sucre provient de l’amidon de l’arbre. C’est l’alternance des températures négatives et positives qui permet à l’eau de monter puis de s’écouler de l’arbre. La récolte se termine quand la sève monte et remplace l’eau.

Promenade dans l’érablière

Avant d’aller récolter l’eau, on a fait une petite promenade dans la forêt. Les érables se partagent l’espace avec d’autres arbres. Pour se déplacer facilement et rapidement à travers l’érablière, on a utilisé des ski-doos. On a tous eu droit à notre baptême, c’était super ! Malgré le bruit et l’odeur d’essence, c’est vraiment sympathique comme moyen de locomotion.

Érablière

La récolte de l’après-midi

Les troncs des arbres ont été percé quelques jours auparavant. Il faut qu’ils fassent au moins 20 centimètres de diamètre, c’est-à-dire quand l’arbre a au moins 40-45 ans. Sachant qu’ils vivent 250 voire 300 ans, ça fait un paquet de récoltes en perspective. Un chalumeau est ensuite inséré dans l’entaille, une chaudière est placée en-dessous et l’eau s’écoule dedans goutte par goutte, plus ou moins lentement selon les arbres. Les entailles sont refaites chaque année à un endroit différent sur le tronc. Il peut y avoir plusieurs entailles sur un même tronc. Les gros producteurs n’utilisent plus de chaudières mais un réseau de tuyaux qui permet de pomper l’eau et de la transporter rapidement et facilement.

Chaudières
Chaudières

Comme les arbres, ces fourbes, poussent n’importe où et qu’on n’était pas dans une grande exploitation optimisée, il fallait parfois grimper un peu pour atteindre les troncs. Et puis contrairement à certains endroits où tout a pratiquement fondu, la forêt était encore très enneigée, donc on s’enfonçait régulièrement jusqu’aux genoux. Le problème quand on pose un pied sur la neige et qu’il s’enfonce, c’est qu’on perd l’équilibre. Par réflexe on pose une main sur la neige pour se rattraper. Malheureusement, entraîné par le poids du corps, le bras plonge également et on se retrouve dans un position aussi ridicule que tordue, un bras et une jambe portés disparus sous 30-40 centimètres de neige, tentant de prendre appui sur l’autre jambe et moulinant vainement avec le bras valide. Mais le ridicule ne tue pas et puis ça fait rire tout le monde.

Dans une version ultra artisanale de la récolte, on aurait chargé des grosses tanks sur un traîneau tiré par des chevaux. Le traîneau et ses tanks étaient bien là mais un ski-doo remplaçait le cheval. Un deuxième ski-doo permettait d’aller plus vite pour nous transporter un par un d’un point à un autre. L’érablière était relativement longue à parcourir à pied, en particulier dans la neige. On pouvait aussi monter sur la petite plateforme derrière le traîneau, mais à nos risques et périls. Il faut bien se cramponner à la tank et être souple des genoux. Mais surtout, il faut préférer le ski-doo en cas de traversée d’un ruisseau. Je dis ça parce qu’on a eu deux petits accidents arrosés (j’avais opté pour le ski-doo).

Le ski-doo et son traîneau à bidons
Le ski-doo et son traîneau à tanks

Pour la récolte, on prenait chacun une grosse chaudière blanche puis on se rendait à chaque entaille. On versait le contenu de la chaudière en métal dans la chaudière blanche (avec une anse maison mais très bien pensée et optimisée). L’idée était de transvaser le plus de petites chaudières possibles avant de retourner au traîneau. On vidait ensuite les quelques litres qu’on avait réussi à transporter (sans tomber dans la neige) dans les tanks placées sur le traîneau. Un filtre permettait d’éliminer insectes et autres morceaux de végétaux. À chaque nouvelle entaille, on soulevait le couvercle au-dessus de la chaudière pour découvrir la quantité d’eau qui avait coulé. C’était complètement aléatoire et donc une surprise à chaque fois : certaines chaudières étaient pratiquement pleines à ras bord alors que d’autres n’avaient qu’un fond d’eau. Pour vous donner une idée, une chaudière en métal a une contenance d’environ huit litres.

Érablière Érablière

On était 10 personnes et on a fait ça pendant une grosse partie de l’après-midi. Il y avait à peu près 500 entailles et à la fin, on a récolté environ 750 litres d’eau. Je suis vraiment hyper méga giga heureuse d’avoir pu participer à cette récolte ! Ce n’est pas une activité que tout le monde a l’occasion de faire, on fait clairement partis des privilégiés.

On a décidé de revenir le lendemain pour assister à la fabrication du sirop. Je vous raconte tout ça dans cet article !

4 Commentaires

  • Répondre Maria 14 mars 2016 à 17:45

    Pas de photos d’un/e équilibriste en action ? Je suis déçue. Mais j’ai bien ri en te lisant.

    • Répondre Cécile 14 mars 2016 à 21:14

      Non, faut dire que j’étais plus occupée à marcher dans la neige et ramasser l’eau plutôt qu’à tout prendre en photo…

  • Répondre Gabrielle 14 mars 2016 à 20:46

    Je suis du même avis que Maria. Une photo de l’action aurait été sympathique.
    Sinon c’est chouette comme activité !

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