Mon syndrome de l’imposteur

Cet article fait suite à celui qui présente mon métier de traductrice, mais il est encore plus personnel. J’ai rédigé les deux articles en même temps mais j’ai longtemps hésité avant de publier celui-ci. Il m’a pourtant permis de mettre les mots sur pas mal de choses qui trottinent dans mon esprit depuis un certain temps. Des choses qui ne m’empêchent pas d’avancer, mais qui ralentissent un peu ma progression. Mon syndrome de l’imposteur est revenu à la charge ces derniers mois, depuis que j’ai décroché un emploi à temps plein en tant que traductrice.

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Imposteur

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du syndrome de l’imposteur. Il pourrait prendre la forme d’une petite voix intérieure qui nous pousse à croire que l’on n’a pas de mérite, que nos réussites sont dues uniquement à des causes extérieures, comme la chance, le hasard, l’alignement des planètes ou n’importe quoi, tant que ce n’est pas nous-mêmes. La petite voix nous souffle des « oui mais », va insinuer que l’on n’est pas vraiment doué-e et, par-dessus tout, malhonnête, puisque l’on dissimule aux gens notre nullité.

Comme on est nul-le, on ne peut pas réussir, donc notre réussite repose sur une escroquerie qui sera tôt ou tard dévoilée. Vous me suivez ?

Autodidacte

Le syndrome de l’imposteur est fortement lié au fait d’être autodidacte. Je ne suis pas diplômée d’une école de traduction, même si mes cinq années études étaient pour moitié consacrées aux langues. Malgré de bons, voire excellents, résultats dans ces matières, je n’ai pas de diplôme dans le domaine. C’est toutefois la voie que j’ai choisie un peu tardivement, parce qu’il m’a fallu quatre ans pour me rendre compte à quel point la traduction me plaisait. Depuis l’obtention de mon master en 2013, je me suis débrouillée pour que ma vie professionnelle conserve un aspect linguistique, histoire de garder une cohérence sur mon CV.

Pourtant, j’ai toujours eu de la difficulté à assumer professionnellement parlant et je me dévalorise régulièrement. Quand j’étais traductrice indépendante, j’avais peu de clients et quelque part, ça me confortait dans l’idée que mes compétences n’étaient pas si bonnes, que je valais moins que des « vrais » traducteurs (tout réside dans la définition que l’on veut en donner). Ensuite, j’ai occupé plusieurs postes pour lesquels j’ai été amenée à traduire des documents. Mais sur le papier, dans mes contrats de travail, je n’étais pas traductrice. Au mieux, la traduction faisait partie de mes missions.

Illégitime

J’ai parfois un peu honte quand j’annonce mon métier aux gens. Les francophones partent du principe que mon niveau en anglais est excellent. Les anglophones doivent se demander si je suis sérieuse. Il y a en effet beaucoup à améliorer, entre le vocabulaire qui me fait défaut, les conjugaisons aléatoires (oui même en anglais, j’arrive à me tromper dans les temps) et ma prononciation parfois approximative (que même la bière n’aide pas, ceci est une légende). Il est vrai que mon métier ne me demande pas de parler en anglais mais d’écrire en français. Pourtant c’est bien ma façon de communiquer à l’oral que l’on va retenir en premier lieu.

Mais maintenant que j’ai un emploi de traductrice à temps plein, il faut que j’assume. C’est écrit noir sur blanc, je suis une bilingual translator. C’est mon objectif depuis quatre ans mais je ne sais pas si je suis fière de l’avoir atteint à cause de cet insupportable sentiment d’illégitimité. C’est un gros travail que je dois faire sur moi-même parce qu’au fond je sais que je dois avoir un minimum de compétences. La preuve, j’ai décroché ce poste face à deux autres candidats (ils devaient être très nuls en fait) et mes superviseuses me répètent régulièrement qu’elles sont contentes du travail que je produis (mais elles ne sont pas traductrices et pas forcément francophones donc leur jugement est biaisé). Il se passe des choses sympathiques dans ma tête, vous ne trouvez pas ?

Le rapport avec le PVT ?

Peut-être que vous vous dites que cet article est un peu hors-sujet par rapport au contenu habituel de mon blog. Je voulais en parler parce que c’est un sujet qui me suit et me poursuit où que j’aille, puisqu’il fait essentiellement surface dans la sphère professionnelle. Or le travail est une composante du PVT et je suis persuadée que je ne suis pas la seule à me dévaloriser sur le marché du travail.

En tant qu’étrangère et travailleuse temporaire, je ressens cette imposture. J’ai l’impression de ne pas forcément être à mal place, de prendre celle d’une autre personne et de ne pas mériter les opportunités qui s’offrent à moi, même si je fais tout pour les saisir dès que je peux. 

Comme je le disais au début de l’article, j’ai eu beaucoup de mal à publier mon article sur la traduction, pour celui-ci ce fut encore pire… Preuve que ce sentiment d’imposture est bien ancré en moi. Mais, car oui il y a un mais, ce n’est pas pour autant que j’écoute la petite voix. Et si je la trouve un peu trop présente, j’essaie du mieux que je peux de ne pas tenir compte de ses remarques, car elle n’est pas là pour m’aider mais pour me déstabiliser. Je sais que je suis capable de l’affronter, et dans son cas, l’ignorer est la meilleure des armes.

5 Commentaires

  • Répondre Maria 3 décembre 2016 at 11:17

    Les compétences sont-elles dues aux seuls diplômes ou bien aux formations et aux expériences personnelles et professionnelles ? C’est bien de se poser des questions, de se remettre en question mais il faut se faire confiance aussi. Si tu étais nulle, ça se saurait 🙂

  • Répondre Gabrielle 3 décembre 2016 at 12:54

    Je suis d’accord avec Maria. Tu n’es pas moins compétente que quelqu’un qui a un diplôme. C’est le travail qui fait la différence.
    Et puis aujourd’hui, de manière générale, il y a de moins en moins de personnes qui font le métier pour lequel ils ont un diplôme. L’important c’est de faire ce que l’on aime.

  • Répondre babfleury 11 décembre 2016 at 18:52

    ce sentiment bien des gens l’ont au début de leur vie professionnelle et moi en particulier , je croyais que c’était pour me faire plaisir lorsqu ‘on me disait que j’étais une bonne » pro  » , il faut aussi se faire confiance et croire les autres si ils vous trouvent- bon-, moi j’y crois que tu es une bonne  » pro. » et les diplôme ne font pas tout ….; bonne suite !!

  • Répondre Lair_co 11 décembre 2016 at 19:20

    C’est fou parce que je suis convaincue que tu serais l’une des premières à rassurer un.e ami.e en lui disant que les diplômes ne garantissent pas des qualités professionnelles, que les expériences sont un atout bien plus important, que nos désirs sont aussi une composante importante pour se dépasser et tout donner pour convaincre etc.
    J’espère que tu arriveras à gagner cette confiance en tes capacités et surtout à accepter que si tu es bien compétente, méritante et surtout à ta place 🙂

    Et je rajouterais, tu n’attrapes pas les opportunités qui se présentent, tu les crées 🙂

    • Répondre Cécile 31 janvier 2017 at 03:53

      Merci pour ton commentaire, ça fait toujours du bien qu’on me dise ça. Oui tu as parfaitement raison, je serais du genre à rassurer les autres, mais pas moi…
      Pour les opportunités, si on attend qu’elles se présentent, je crois qu’on attend trop !

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