Je suis traductrice.

Voilà c’est dit, je suis traductrice : c’est mon métier, je gagne officiellement ma vie en faisant ce que je voulais faire depuis plusieurs années. J’ai mis du temps à écrire cet article car c’est un sujet un peu plus personnel que d’habitude, mais j’avais envie de vous présenter rapidement en quoi consiste mon travail.

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Traduire ?

Traduire, c’est faire tomber les barrières linguistiques et permettre une compréhension écrite entre des personnes qui ne parlent pas – ou mal – la même langue. Il ne faut pas confondre traduction et interprétation : la première est un processus écrit tandis que la seconde se déroule à l’oral. Ce sont deux métiers différents même s’ils ne sont pas incompatibles (on peut tout à fait être traducteur-interprète). Personnellement, je suis seulement traductrice. Mes talents d’oratrices ne se sont jamais développés contrairement à l’écriture (je crois). Il n’y a qu’à voir mes notes au bac de français : 19 à l’écrit, 9 à l’oral. On ne peut plus limpide.

Pour certains, il suffit de parler deux langues pour savoir traduire. Ce n’est pas aussi simple et si ça l’était, on n’aurait besoin de personne pour exercer ce métier. C’est comme dire qu’on est photographe parce qu’on possède un appareil photo. La traduction, c’est un vrai métier. Il ne s’agit pas seulement de remplacer les mots d’une langue par ceux d’une autre. Il faut que le texte réécrit dans la langue cible ait l’air d’être l’original, qu’il ne semble pas être une traduction. Il faut savoir déjouer les pièges des faux amis et aimer écrire et jouer avec les mots, la syntaxe et la ponctuation. On doit s’adapter au public à qui le document est destiné et parfois interpréter un peu ce que l’auteur a écrit. Il arrive en effet que les documents à traduire soient bizarrement voire mal rédigés. Je peux passer beaucoup de temps en recherches terminologiques parce que je veux connaître le contexte de l’emploi d’un mot et être sûre de bien comprendre de quoi il s’agit. Une autre chose importante, mais qui à mon avis s’applique partout et à tous, c’est savoir se remettre en question constamment, ne pas vivre sur ses acquis et accepter d’avoir des lacunes.

Selon la déontologie du métier, on traduit uniquement vers sa langue maternelle, car c’est celle dont on maîtrise les subtilités, la culture et les nuances. Oui, on peut traduire vers une autre langue mais l’impression n’est pas la même, ça ne semble pas naturel. C’est pourtant une chose que je dois faire régulièrement, parce que les employeurs méconnaissent la discipline et leur dire non n’est pas forcément envisageable…

Mon parcours en bref

Sans entrer dans les détails par rapport à ma formation, j’ai suivi un cursus universitaire bi-disciplinaire en droit et langues (anglais et espagnol) et j’ai clôturé mon master par un stage dans une agence de traduction. Ensuite, c’est-à-dire ces trois dernières années, j’ai vécu ce que beaucoup de jeunes diplômés vivent : une sorte d’errance embrumée sur le marché du travail et des difficultés à y trouver sa place (pas le bon diplôme, pas assez d’expérience, pas la bonne ville, pas les bonnes langues, etc.). À part avoir été traductrice indépendante, j’ai réussi à me débrouiller pour que mes emplois comportent toujours un volet linguistique, avant de décrocher – enfin ! – un poste de traductrice salariée à Toronto.

N’étant pas obligée de me rendre tous les jours aux lointains bureaux de mon entreprise, je redécouvre avec joie le bonheur de travailler en pyjama. Ou à la bibliothèque. Sur mon canapé. Ou dans un café. Mais si certains pourraient envier ce mode de travail, il demande beaucoup d’organisation et de rigueur, et il faut se montrer digne de la confiance accordée par ses supérieurs hiérarchiques.

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Quelques outils

Parce que c’est une question que l’on me pose régulièrement, voici les outils en ligne que j’utilise tout le temps – ou presque – lorsque je traduis.

  • WordReference : un dictionnaire avec plein de combinaisons de langues. Le forum permet de creuser et découvrir davantage la signification de certains termes, les utilisateurs pouvant poser leurs questions et les natifs leur répondre.
  • Linguee : dictionnaire également, à la différence qu’on peut chercher la traduction de groupes de mots voire de phrases entières. Le site présente ensuite des traductions avec les sites sources, ce qui permet de comparer rapidement les possibilités et de situer le contexte pour chacune d’entre elles.
  • IATE (InterActive Terminology for Europe) : l’Europe est multilingue et elle met à notre disposition sa base de données. Les termes sont assez techniques mais l’outil peut s’avérer utile selon les contextes.
  • Le grand dictionnaire terminologique : créé par l’Office québécois de la langue française, le site regorge de fiches terminologiques en anglais et français, mais aussi parfois dans d’autres langues. C’est une référence que j’utilise énormément, surtout au Canada, les fiches mentionnent parfois les usages en France et en Belgique.
  • Termium Plus : cette base de données (une des plus grandes du monde apparemment) recense des termes anglais, français, espagnol et portugais et les classe selon les contextes.
  • La Banque de dépannage linguistique : dernier outil canadien, il est utile pour écrire en français car il permet de faire la chasse aux mauvaises tournures et anglicismes, tout en apprenant les formes correctes à employer. Le site répond aussi à des questions de grammaire, orthographe, syntaxe, etc. Il faut cependant faire attention car le français québécois et parfois différent du français de France, notamment pour la ponctuation et la syntaxe.

Le traducteur et la traductrice ne sont pas des dictionnaires, c’est pourquoi ils ne figurent pas dans cette liste ! Ce n’est pas la peine de nous demander de traduire n’importe quoi à n’importe quel moment, notre cerveau n’est pas une machine… Et parfois on ne sait pas, c’est comme ça.

6 Comments

  1. ton analyse sur ce qu’est la traduction a bcp intéressé l’orthophoniste que j’étais et tj passionnée par le langage en général , je te lis tj avec plaisir …gros becs comme on dit là bas !

  2. Coucou ma Cécile, tu as mis en mots ce à quoi, s’ajoutant à ton expérience de traductrice, tout prof de langue étrangère est constamment confronté et parfois, des gens bien attentionnés, amis et famille, font d’un simple repas une épreuve de concours ou de question pour un champion, notamment lorsque la demande porte sur une réalité intraduisible culturellement. Effectivement malgré la maîtrise certaine des mécanismes des systèmes linguistiques et une, somme toute, à la longue, assez grande connaissance de lexique, nous ne sommes pas des dictionnaires sur pattes. Ton travail exige du temps et de la réflexion pour justement pouvoir utiliser au mieux tous ces formidables outils qui existent maintenant et dont tu fais la liste, c’est en cela que tu es compétente et que tu vas le devenir de plus en plus, et, eh oui, il faut accepter que peu de gens sachent en quoi consiste ce métier de traducteur / interprète, sans imposture. Bises ! Véro

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